LA RÉACTION (1849-1859) du ministère s’enrichissaient de ces nouveaux dossiers1. Bach était trop intelligent pour croire à la durée et au succès de l’absolutisme, mais il tenait trop à sa place pour donner lui-mème par des institutions représentatives, quelle qu’en fût la nature, un centre d’action et des armes à toutes les oppositions que soulevaient sa personne et ses idées. Le caractère, chez lui, faisait tort à l’esprit. Assez avisé pour se convaincre que son système ne pouvait réussir, il était aussi assez souple pour conserver cependant jusqu’au bout son poste, par simple amour du pouvoir, et même, puisque le pouvoir réel appartenait aux militaires et aux diplomates, des apparences du pouvoir -, L’idée maîtresse du système de Bach est exactement celle de la Constitution de 1849 : l’idée d’une Autriche une et centralisée. Mais dans la Constitution elle s’enveloppait de certaines formes plus ou moins libérales ; une part au moins de collaboration aux affaires publiques était reconnue aux peuples autrichiens. Si l’administration, la bureaucratie, devait former le squelette, la charpente du nouvel Etat, du moins cette charpente devait être recouverte par l’appareil constitutionnel. Sous Bach, au contraire, c’est la bureaucratie, et la bureaucratie seule, qui forme l’Autriche, qui la soutient, qui l’anime. La volonté exprimée d’en haut ne se discute plus ; elle se transmet du souverain aux ministres, des ministres aux présidents, des présidents aux chefs de district : une hiérarchie partout la même appliquant une loi partout la même, tel est l’idéal de Bach. Il suppose une confiance sans bornes en l’omniscience et en la toute-puissance de la bureaucratie, et une non moins grande défiance de tout ce qui n’est pas la bureaucratie. « La défiance de la volonté des gouvernés est devenue maxime d’État », disait Andrian dès i85o 3 ; et Hartig, un de ces hommes d’État autrichiens qui ont servi avec un égal enthousiasme Metter-nich. Bach et Schmerling, donne du système cette formule brève comme un commandement militaire : « L’empereur écoute, examine et commande : les sujets désirent, parlent et obéissent4». 1. B. V. Meyer, Erlebnisse, I, 352-63. 2. Les documents nous manquent pour nous faire une idée exacte de l’évolution intime de Bach et de ses idées. C’est par ses actes et par quelques témoignages seulement qu’on peut essayer d’arriver h un jugement sur lui. M. Denis, °. c , 11,333-413, semble avoir de lui une impression un peu plus favorable. 11 est pourtant difficile d’admettre avec lui (II, 387) que Bach ait jamais été mené par l’idée du devoir. 3. Denkschrift, 6. 4. Oest. i. d.J. 1852-6Î, dans Unsere Zeit, VIII, 13, note. i