9° LA RÉVOLUTION ET LA RÉACTION critiques, en guidant ses démarches, a préparé le succès de la contre-révolution, le relèvement de l’Autriche dynastique. Par ses mérites, Windischgrâtz ne serait jamais arrivé à jouer un rôle dans la monarchie ; mais sa naissance le désignait pour les* plus hauts emplois. Sans talents militaire, il était devenu commandant du corps d’armée de Prague ; sans talents politiques, il se trouva le conseiller écouté de la dynastie et, un moment, derrière la coulisse, le maître de l’Autriche. C’était, comme dit Grillparzer, un Metternich botté, d’ailleurs de cent pieds au-dessous du vrai Metternich. 11 était incapable de sortir du cercle d’idées légitimistes le plus étroit ; les privilèges des royaumes et provinces de l'ancienne Autriche, les privilèges sociaux et politiques de l’aristocratie étaient à ses yeux, de droit divin. Quiconque s’y attaquait était presque un sacrilège. La Révolution devait donc à tout prix être contenue et comprimée, si l’ordre social tout entier ne devait pas sombrer. La combattre était la mission providentielle à laquelle il se croyait appelé. La profondeur de sa conviction et son abnégation personnelle 1 sont les seuls traits sympathiques de son caractère. Contre la Révolution, pensait-il avec son beau-lrère Schwarzenberg. il n’y a que les soldats. Dictateur à Vienne du i3 au i5 mars, il aurait volontiers essayé sa méthode, si les terreurs de la cour ne l’en avaient empêché ; il avait ensuite suscité au nouveau régime tous les embarras qu’il avait pu 2. Revenu à Prague, au siège de son commandement, il y attendait que son heure arrivât. Il restait en correspondance suivie avec l’impératrice et l’archiduchesse Sophie ; il entourait l’empereur d’hommes à lui ; il gardait le contact avec les généraux qui commandaient dans les diverses provinces, et réunissait les fils de la conspiration militaire qui enserrait l’Autriche. L'armée avait, comme tout l’Etat, soulfert sous la gérontocratie de l’ancien régime. Parmi les officiers, la discipline était assez lâche, l’esprit de corps faible ; les officiers riches et aristocrates quittaient volontiers l'uniforme pour fréquenter dans leur monde; entre eux et leurs camarades d’origine plus modeste, dont un certain nombre sortaient même du rang, il y avait peu de rapports, moins encore de sympathies ; plus d’un de ces officiers bleus, animé d'idées libérales, avait vu sans regret la Révolution. Les soldats 1. II en donna une preuve', lorsque sa femme eut été tuée dans l’insurrection dS Prague, en ne se livrant pas à des vengeances personnelles. 2. ZwiedinekSüdenhorst, Deutsche Gesch. 1806-71,11, 383, d’après une lettre de Fiquelmont.