170 FIGURES BYZANTINES luxe. Jamais pourtant les Latins n’aimèrent ces Grecs trop ingénieux, trop souples, trop subtils, dont ils reconnaissaient à la fois et redoutaient la supériorité. L’impératrice Théophano en fit la première l’expérience : dans les siècles qui suivirent, bien d’autres cas attestèrent de même l’antipathie persistante des deux mondes opposés et rivaux. A mesure que, par les-proisades, les contacts se multiplièrent entre eux, la mésintelligence ne fit que s’accroître entre Grecs et Latins. Jamais ils ne parvinrent à se comprendre pleinement, encore moins à se supporter amicalement ; et ce fut l’étrange destinée de cette Byzance, à qui la civilisation fut redevable de tant de progrès éminents, de ne rencontrer guère que défiance et ingratitude chez ceux-là mêmes qu’elle avait le plus utilement servis. L’histoire des princesses d’Occident, qu’un mariage fit monter sur le trône des basileis, révèle de façon plus significative encore cette éternelle et déplorable antinomie. I BERTHE DE SULZBACH, IMPÉRATRICE DES ROMAINS. Depuis que la première croisade avait mis en contact plus intime l’Orient et l’Occident, Byzance était devenue une grande puissance européenne. Les expéditions successives entreprises pour la délivrance du Saint-Sépulcre, la fondation des états francs de Syrie, en multipliant les rapports entre Grecs et Latins, avaient chez ces derniers éveillé des ambitions, allumé des convoitises, excité des rancunes, créé