60 FIGURES BYZANTINES C’est là qu’elle se retira après la mort de son mari. A ce moment, on accrut encore l’importance de la demeure que l'impératrice s’était réservée. Ce fut un véritable palais, avec de vastes cours, des portiques, plusieurs installations de bains, une église spéciale même, consacrée à saint Démétrius. Accompagnée d’une suite nombreuse de domestiques et de femmes, Irène vint s’y installer. Elle y donna également l’hospitalité à sa fille préférée, Anne Comnène, qui occupa un appartement ayant vue sur le jardin du monastère du Christ, et à la fille de celle-ci, restée veuve toute jeune, et qui, comme elle-même, s’appelait Irène Doukas. Là, entre ses enfants, la vieille impératrice vécut jusqu’à sa mort, qui paraît être arrivée en 1123, dans le voisinage de ces moines qu’elle avait toujours aimés, et dans cette pieuse atmosphère qui avait enveloppé sa jeunesse. Pourtant elle n’était point entièrement morte au monde. Elle recevait volontiers, entretenait autour d’elle une petite cour de gens de lettres, qui célébraient sa gloire ou consolaient ses tristesses et ses deuils. Elle continuait à s’intéresser aux choses de l’esprit, et elle encourageait en particulier son gendre Nicéphore Bryenne, dont elle avait toujours goûté le talent littéraire, à écrire l’histoire du grand Alexis Comnène, son mari regretté. Cet ouvrage, on le sait, nous est parvenu : dans la préface qu’il a placée en tête, Bryenne vante « le très sage esprit » qui lui a imposé cette lourde tâche, « la force herculéenne » qui a contraint sa modestie_ à l’accepter. Il semble bien qu’Irène se complaisait dans ce rôle d’inspiratrice, par où elle satisfaisait son désir d’exalter àla fois la gloire des Doukas et dos Comnènes. Les contemporains, au reste, la proclamaient volon-