DEUX ROMANS DE CHEVALERIE BYZANTINS 323 plusieurs reprises au cours du xn« siècle, ne se firent point scrupule d'aller offrir aux Turcs leurs services et ne craignirent point, pour venger leurs ambitions déçues, de porter les armes contre leur patrie. Comme eux, Belthandros s’obstine dans sa fuite. « Il traversa, dit le poème, beaucoup de pays, de toparchies et de châteaux; nul endroit ne lui plut assez pour qu’il s’y établît. Il traversa l’Anatolie et le pays des Turcs, il visita leurs villes et leurs forteresses. » Dans les « clisures « de la montagne, il triomphe des brigands qui veulent arrêter sa marche et, le Taurus passé, il descend en Arménie. Toute cette géographie est d’une exactitude parfaite, et il faut retenir au passage la mention du royaume arménien de Cilicie et du château de Tarse. Mais, après ces indications si précises, brusquement le récit tourne tout à fait au merveilleux. Aux environs de Tarse, le chevalier trouve une rivière, sur les eaux de laquelle brille un astre de feu. Guidé par cette flamme, il remonte le fleuve, et, au bout de dix jours, il aperçoit un magnifique château. « Il était bâti de sardoine, et fait avec un art admirable. Les murs en étaient couronnés de têtes de lions et de dragons en or de diverses teintes, que l’artiste avait exécutées avec une prodigieuse habileté. De leurs gueules sortait un rugissement effroyable : elles semblaient se mouvoir comme des êtres vivants, se parler et se répondre l’une à l’autre. C’est de ce château que sortait le fleuve de feu. Belthandros s’approcha alors des portes de la forteresse. L’une d’elles était en diamant, et au milieu il vit des caractères gravés, et cette inscription disait : « Celui que n’ont jamais