LE ROMAN DE DIGÉiNIS AICRITIS 305 ment il sent le désir s’insinuer dans son propre cœur. « Je ne savais que devenir, dit-il, j’étais tout entier la proie d’un feu ardent. L’amour ne cessait de croître en moi, et se glissait par mes membres dans tous mes sens; dans mes yeux il pénétrait par la beauté, dans mes mains par le toucher, dans ma bouche par les baisers, dans mes oreilles par les paroles. Enfin, grâce à l’intervention de Satan et à la négligence de mon âme, malgré toute la résistance que m’opposa.la jeune fille, un acte des plus coupables fut consommé et la route fut souillée d’un crime. L’ennemi, le prince des ténèbres, l’adversaire acharné de notre/ace me fit oublier Dieu et le terrible jour du jugement. » Sans doute, la faute une fois commise, Akritis est plein de remords : toutefois il juge préférable de garder un discret silence sur l’aventure. Il se hâte de marier la jeune fille à son ravisseur, « passant sous silence ce qu’il ne fallait pas dire, de peur que le jeune homme n’y cherchât une occasion de scandale » ; et quand il est revenu auprès de sa femme, prudemment il s’empresse de changer de campement, afin qu’elle n’apprenne rien de son manquement à la foi jurée. Mais la chair du chevalier est faible, et Satan est toujours à l’affût pour tenter les hommes. Digénis en fit l’expérience quand il se trouva en face deMaximo. Maximo est une vierge guerrière, une amazone indomptée, que les apélates vaincus par Digénis appellent à leur aide contre le héros. « Elle montait, dit la chanson, un cheval blanc comme neige et dont les sabots étaient teints en couleur pourpre. Elle portait une cuirasse solide et admirable, et par dessus la cuirasse une robe précieuse, merveilleuse, tout i FIGURES BYZANTINES. 2' Série. 20