s FIGURES BYZANTINES et l'obligation de restituer à l’empire tous les territoires jadis byzantins qu’ils pourraient reconquérir. De leur côté, les princes latins, tout en se prêtant aux exigences impériales, parce qu’ils sentaient que l’appui des Grecs leur était indispensable, étaient ambitieux pour eux-mêmes, impatients de toute autorité, désireux de se tailler en Asie des principautés indépendantes. Lorsque, en conformité avec ces idées et au mépris de leurs engagements, ils attribuèrent en toute souveraineté Antioche à Bohémond, l’empereur put légitimement se trouver déçu et se juger outragé. La rupture dès lors était fatale. Encore faut-il remarquer que, si Alexis fit la guerre à Bohémond, il demeura jusqu’à la fin en bons termes avec les autres princes de la croisade. Et il eut à cela, comme jadis à éviter le conflit menaçant sous les murs de Constantinople, quelque mérite assurément. On pourrait croire qu’en se multipliant, les rapports s’améliorèrent entre l’Orient et l’Occident. C’est tout le contraire qui [arriva. Durant tout le cours du xir siècle, lorsque la seconde, puis la troisième croisade mirent de nouveau en contact Byzantins et Latins, on vit apparaître les traces du même antagonisme, grandissant seulement et plus âpre à chaque rencontre nouvelle. Ce sont les mêmes défiances, les mêmes accusations, la même mésintelligence fondamentale de la situation des deux partis. De la part des guerriers indisciplinés de la croisade, ce sont les mêmes pillages, les mêmes violences, les mêmes exigences impérieuses; de la part des Grecs, ce sont les mêmes moyens, souvent assez déloyaux — et dont les chroniqueurs byzantins avouent formellement et