200 FIGURES BYZANTINES spectives de pillage et de conquête qu'ouvrait à tous ces aventuriers une semblable aventure, les vieilles rancunes accumulées au cœur des Latins furent autant de causes qui déterminèrent le doge et les barons de la croisade. Une autre considération enfin fut la masse des reliques que possédait Constantinople. On sait quelle grande place ont tenu, dans la vie publique et privée du moyen âge, ces précieuses dépouilles, et quel prix on attachait en particulier à celles qui venaient d’Orient. Or Byzance était pleine de ces trésors sacrés, et ce n’était point sans quelque ostentation qu’au palais, dans la chapelle impériale, qu’à Sainte-Sophie et dans les autres églises, on les exhibait aux visiteurs éblouis. Aussi, aux yeux des Latins, la ville impériale était-elle devenue comme un vaste musée, comme un immense reliquaire prédestiné à approvisionner tous les sanctuaires d’Occident, et on peut, croire, à voir la place que la châsse aux reliques tint parmi les soucis des conquérants, que cet appât ne fut point étranger à la grave résolution qui, malgré la défense formelle du pape, détourna vers Constantinople tant de gens pieux, tant d’hommes d’Église, avides de recueillir, pour prix de leur victoire, ces richesses sacrées. Ce n’est point ici le lieu de raconter la quatrième croisade. Il suffira de rappeler comment les Latins, arrivés devant Constantinople le 23 juin 1203, se virent obligés d’employer la force pour restaurer sur son trône le jeune Alexis. Le 17 juillet, l’assaut était donné : l’usurpateur, pris de panique, s’enfuyait précipitamment, et une révolution populaire rétablissait Isaac Ange. Le premier soin de l’empereur fut de s’accommoder avec les croisés. Il ratifia toutes les