126 FIGURES BYZANTINES Priape, tels étaient les noms ordinaires dont on le désignait. Andronic laissait dire, sûr de lui, fermement persuadé qu’il vivrait très vieux et qu’il mourrait tranquillement dans son lit. VII En quoi il se trompait. Au mois d’août 1183, la flotte normande, envoyée par le roi Guillaume de Sicile pour venger le massacre de 1182, s'emparait de Thessalonique, et l’armée de terre marchait sur Constantinople. Andronic, en bon empereur, prit d’abord contre les envahisseurs les mesures militaires que comportait la situation; les murs de la capitale furent mis en état de défense, la flotte réparée et reconstituée; en même temps, par d’habiles discours, le prince s’efforçait de calmer les inquiétudes de la population. Mais, comme jadis en Cilicie, il se lassa vite de cette application, et laissant aller négligemment les choses, il se contenta de philosopher ingénieusement sur les événements qui s’accomplissaient. Cette apparente indifférence provoqua à Constantinople un très vif mécontentement; le peuple lui-môme, qui avait jusqu’alors adoré aveuglément son favori, commençait, sous le coup do la peur, à se détacher de lui et à parler librement. On se mit à dire que les victoires normandes ôtaient peut-être bien le châtiment des crimes d’Andronic, la preuve visible que Dieu avait retiré sa main de lui ; on s’avisa que la mort du tyran serait le meilleur remède aux maux qui éprouvaient l’empire. Justement inquiet de ce revirement de l’opinion,