BYZANCE A L’ÉPOQUE DES CROISADES 19 guerriers d’Occident. Regardez, pour ne citer qu’un exemple, ce qu’est un Manuel Comnène. Il a la folle bravoure, la témérité hardie des barons latins; comme eux, il aime les sports violents, la chasse, les tournois, et il prend plaisir à jouter contre les meilleurs des chevaliers francs. En vrai paladin, c’est par de beaux coups d’épée qu’il veut mériter l’amour de sa dame, et un chroniqueur grec raconte que celle-ci déclarait volontiers que, quoique née dans un pays où l’on se connaissait en fait de bravoure, jamais elle n’avait rencontré chevalier plus accompli que son mari. Lorsque, en 1159, Manuel vint à Antioche, il émerveilla tous les barons latins par sa haute mine, sa force herculéenne, l’adresse de ses passes d’armes et la splendeur de ses armures. Dans les tournois qui, pendant huit jours, se donnèrent sur les rives de l’Oronte, la noblesse byzantine fit assaut avec la noblesse franque de vaillance et de martiale élégance. L’empereur lui-même, monté sur un cheval magnifique, tout caparaçonné d’or, paru t dans l’arène, et parmi l’éclair des lances, dans le claquement des bannières emportées au galop des coursiers, « dans ces jeux, comme dit un chroniqueur, où il y avait tant de variété et d’élégance qu’on croyait voir Vénus associée à Mars et Bellone aux Grâces », le prince culbuta d’un seul coup deux des meilleurs chevaliers latins. Aux courses de l’Hippodrome, qui jadis passionnaient Constantinople, maintenant les tournois avaient succédé, comme dans l’équipement des armées byzantines s’étaient introduits les habits de guerre d’Occident. On a conservé des descriptions de joutes, célébrées sous les beaux yeux des dames de la cour, et qui sont dues à la plume même do