PRINCESSES LATINES A LA COUR DES PALÉOLOGUES 2S7 l’envie secrète et la rancune qu’Anne en éprouva furent la cause première d’une rupture qui allait déchaîner la guerre civile et précipiter la décadence de la monarchie. Quand on découvrit les véritables sentiments de la régente, les adversaires de Cantacuzène s’enhardirent. Il y eut dans le conseil impérial des scènes très vives et le grand domestique fut ouvertement insulté. Un des fonctionnaires du palais prit audacieusement la parole, et déclara que le dernier des dignitaires, s’il avait quelque chose d’utile à dire, avait le droit de parler avant les plus grands. Les amis de Canla-cuzènes’exclamèrent : « Qu’est-ce à dire! Mais c’est transformer l’empire romain en une démocratie, si le premier venu peut exprimer son sentiment et prétend l’imposer à ceux qui ont l’expérience ». On faillit en venir aux mains. Ce qui était plus grave, c’est que ni l’impératrice, ni le patriarche qui présidait n’étaient intervenus pour arrêter ou blâmer une insolence visiblement dirigée contre le grand domestique. Celui-ci comprit et offrit sa démission. Mais alors la basilissa et le patriarche, effrayés des cft.iséquences d'une telle résolution, s’efforcèrent de calmer Cantacuzène, et de part et d’autre les adversaires se jurèrent par les serments les plus solennels de ne rien tramer les uns contre les autres. Malgré cela, la méfiance subsistait. « Je suis persuadé, disait le grand domestique, que l’impératrice a parlé comme elle pense. Mais ce qui m’inquiète, c’est que je connais sa faiblesse de femme, et combien par lâcheté elle se laisse aisément retourner, et je crains bien, quand je devrai partir pour combattre les barbares, que les sycophantes qui restent à la cour ne FIGURES BYZANTINES. 2* Série. 17