84 FIGURES BYZANTINES guère, le premier basileus de la famille des Comnènes, îsaac, ayant eu un Doukas pour successeur, et la parité de leurs ambitions, l’égalité de leurs droits à la couronne ayant allumé en conséquence, entre les deux maisons rivales, des haines plus que violentes. Il sembla donc à tous les bons esprits, sincèrement soucieux de la paix publique, que ce serait un arrangement tout à fait avantageux d’unir par un mariage les représentants des deux familles ennemies et de confondre ainsi pour l’avenir leurs prétentions et leurs intérêts. Par ailleurs, le subtil politique qu’était Alexis Gomnène comprit sans peine quel appui formidable une telle alliance fournirait à ses futures ambitions. C’est pourquoi, malgré l’opposition de sa mère, il épousa, dans les derniers mois de 1077, la jeune Irène Doukas, fille d’Andronic Doukas, protovestiaire, protoproèdre, grand-duc des scholes d’Anatolie, et petite-fille du césar Jean Doukas. Et c’est pourquoi aussi, lorsqu’en 1081 Alexis renversa Nicéphore Bota-niate, il parut à tous que la révolution aristocratique et militaire qui portait au trône le nouvel empereur « ne sortait de la légalité, pour reprendre un mot célèbre, que pour rentrer dans le droit ». Gomnène par sa naissance, uni par son mariage aux Doukas, Alexis, en revendiquant même par les armes la couronne impériale, ne faisait en somme que relever les droits naturels dont il était le représentant; selon le mot d’un écrivain du temps, en se révoltant contre son souverain, « non seulement il ne méritait aucun blâme, mais il accomplissait un acte digne des louanges de tous les gens qui réfléchissent1 ». 1. Ponr le détail de ces événements, on me permettra de renvoyer à mes Figures byzantines, 1" série, p. 331 et suiv.