206 Figures byzantines line rendre visite à Saint-Louis, « et disait le roi qu’il était son cousin, car il était descendu d’une des sœurs du roi Philippe, que l’empereur môme eut à femme ». Et au commencement du xive siècle encore, Marino Sanudo parlait de « la fille du roi de France », qui devint impératrice de Byzance, et qui avait ensuite épousé un baron de l’empire grec. Ainsi bien des années après sa mort, qui eut lieu en 1220, l’Occident conservait le souvenir d’Agnès de France, impératrice d’Orient, dont la destinée fut assurément l’une des plus singulières entre celles de tant de princesses latines mariées à Constantinople. Plus que toute autre, les circonstances l’avaient « déracinée » ; plus que toute autre, elle était devenue byzantine, par la langue et par le cœur. Et pourtant, lorsqu’après un quart de siècle les événements la replacèrent en face de ses compatriotes, c’est vers son pays natal qu’après un moment d’hésitation ses affections revinrent. Femme d’un grand seigneur grec, elle ne le suivit point dans le parti des patriotes qui résistaient sans fléchir à l’étranger; elle n’émigra point avec lui à Nicée ou ailleurs; c'est elle, au contraire, qui amena son mari vers les Francs, fit de lui un feudataire du nouvel empire, et lui proposa la tâche de réconcilier, s’il se pouvait, les deux races ennemies. Née fille de France, morte dans une principauté grecque vassale d’un empereur latin, ayant fondé avec Théodore Branas une famille qui sera toute française, elle rejoignait ainsi harmonieusement, malgré les aventures orageuses d’une partie de sa vie, son lit de mort à son berceau.