312 FIGURES BYZANTINES lu beaucoup de livres. Tout cela n’est que ridicule et que mensonge. Ce que je sais, c’est que j’aime de toute mon âme les pratiques des chrétiens, et que le paradis est en Romanie : car seuls les chrétiens possèdent la vraie foi. » A peine baptisé, ce musulman songe à faire des prosélytes; il discute avec sa mère pour l’arracher à l’Islam; il catéchise sa famille tout entière; il sait par cœur et récite tout au long le Credo de Nicée; il raisonne comme un théologien; et si grande est sa foi que, sur la fin de ses jours, abandonnant la gloire des armes, il se consacrera tout entier « à l’étude des voies du Seigneur ». Digénis de même est un fervent chrétien, un pieux adorateur des saints. Au centre de son palais, il construit une église en l’honneur du martyr saint Théodore; et c’est dans la protection divine qu’il a surtout confiance pour vaincre. En bon orthodoxe, il passe des nuits entières à prier et à chanter des hymnes ; en bon Byzantin, il a peur du « jour terrible du jugement ». Sans cesse il croit sentir rôder autour de lui, pour le perdre, Satan, « le prince des ténèbres, l’adversaire acharné du genre humain ». Et si cette crainte ne l’empêche point de commettre des fautes, s’il ne peut éviter le péché, du moins a-t-il la conscience de ses crimes et le désir ardent d’en faire sérieuse pénitence. Par un autre point encore le poème mérite de retenir l’attention, c’est par les tableaux qu’il nous fait de la richesse et du luxe byzantin. On a vu déjà quelques-unes des splendeurs dont s’environnaient volontiers ces barons asiatiques que célèbre l’épopée : la description du palais d’Akritis nous fera mieux connaître encore toute la magnificence des demeures où vivaient ces grands seigneurs féodaux.