20 LA QUESTION TURQUE Les Alliés disent au gouvernement de Constantinople : « Nous allons renforcer la gendarmerie et les services de sûreté. Coût : tant de centaines de mille livres par mois. » Le gouvernement répond : « Bien ! Alors laissez-moi élever les droits de douane; permettez que la patente commerciale soit perçue sur les étrangers comme sur les Ottomans, et ne mettez pas cet épicier turc, qui paye patente, dans la cruelle nécessité de vendre ses denrées plus cher que cet épicier grec, qui tient boutique trois maisons plus loin et ne paie rien. » La requête paraît juste ; les hauts commissaires français, anglais et italien se mettent d'acord pour consentira ce que les droits de douane soient relevés de 11 à i5 o/o et que le te-mettu (patente) soit étendu à tousles commerçants. Mais le haut commissaire américain qu’on n’avait point consulté, s’y oppose, et voilà le projet dans l’eau. Le gouvernement de Constantinople, dont l’autorité ne s’étend guère au delà des murs de la capitale, doit assurer l’existence d’autant de fonctionnaires que s’il administrait tout le territoire de l’ancien empire : car les fonctionnaires provinciaux se sont repliés en bon ordre sur les ministères dont ils dépendent, et où ils viennent faire,à tour de rôle, quelques heures de présence. L’usage est depuis longtemps établi de ne pas les payer régulièrement. Mais enfin un jour arrive où il faut leur donner tout de même un à-compte sur leurs appointements arriérés. Les fêtes du Baïrani approchent; peut-on manquer à la tradition immémoriale qui oblige l’Etat à entr’ouvrir ses guichets à l’occasion de celte solennité? On décide que chaque fonctionnaire touchera