LA TURQUIE ET LES PUISSANCES 249 tion et de tutelle, qui n’étaient nullement conformes à ce que les Syriens attendaient de nous. Fort heureusement, nous n’avons pas tardé à reconnaître nos erreurs et le grand prestige du général Gouraud, son autorité et sa bonté ont remédié aux imprudences de quelques subalternes et rétabli l’entreprise sur des bases plus raisonnables. A mon sentiment, et à celui de personnes beaucoup plus versées que moi dans la connaissance de l’Orient, hommes d’affaires, administrateurs, missionnaires, que leurs entreprises, leurs fonctions et leurs œuvres ont mis en contact avec les populations de la Turquie d’Asie, le grave défaut du système suggéré et imposé par les Anglais est de méconnaître aussi bien la civilisation particulière, mais très ancienne et très avancée, de plusieurs de ces peuples, que les mœurs primitives, la barbarie farouche de quelques autres. Il était insensé de vouloir traiter la Syrie comme le Maroc, et il ne l’était pas moins de prétendre soumettre les Bédouins du désert à un régime politique importé d’Europe. Au mois de mai 1912, j’étais à Bagdad, et, sur l’invitation de Djemal Bey—le futur Djemal Pacha — qui gouvernait alors la province pour l’empire ottoman, je me rendais au Serai pour une cérémonie dont on ne m’avait point précisé le caractère. J’y trouvai rassemblés une trentaine de grands chefs bédouins, que le gouverneur avait convoqués dans sa capitale. Djemal avait formé un projet grandiose : il voulait fixer les tribus nomades et assurer ainsi la culture des territoires auxquels le système d’irrigation imaginé par sir William Wilcox devait bientôt rendre leur antique fertilité.