42 LA QUESTION TURQUE piliers; tous les détails fastidieux, tous les ornements choquants étaient noyés dans l’ombre. Seules les grandes lignes d’architecture se révélaient, soulignées par des rampes de veilleuses blanches, en une composition grandiose et comme simplifiée. Une voix s’éleva, grêle et aigüe, mais prodigieusement agile et souple. Par intervalle, cinq mille voix lui répondaient. Un seul rythme, commandé par l’oraison, courbait toutes ces échines et toutes ces têtes, puis brusquement les relevait. Parfois, surgie d’on ne savait où, une prière isolée, criarde, venait contrarier, dominer même la prière officielle. Personne, en bas, ne semblait y prendre garde, et les galeries seules s’en étonnaient : libre à chaque fidèle d’invoquer le Très-Haut à sa guise et suivant le propre élan de son cœur. Quelqu’un, près de moi, relève le contraste que forme avec le cadre classique, parfait, savamment raisonné de la basilique justinienne, cette liturgie primitive, directement importée du désert. Il me semble que le contraste existe surtout dans notre esprit, entre ce qu’il comprend d’instinct, sans hésitation, et ce qu’il devine mal et interprète confusément. L’impression que j’emporte est celle d’une foule ordonnée, recueillie, si complètement absorbée dans sa prière, que durant toute la cérémonie pas un regard ne s’est élevé du parvis vers la galerie curieuse et bruyante. Si indiscrète, si gênante que pût leur paraître la présence d'un public doublement étranger à leur race et à leur religion, tous ces hommes agenouillés ou prosternés ne daignaient même pas s’en apercevoir et ne souffraient pas un instant qu’elle vînt distraire ou diminuer l’ardeur avec laquelle, sans doute, ils