LES TURCS ET L’ISLAM 157 Dans les vitrines sont exposés les livres enluminés, les miniatures, etcescurieuxatlasoù les géographes ont décrit et figuré, avec une minutie naïve, tous les ports de la Méditerranée, de Constantinople à Gibraltar, et d’Alexandrie à Mazaghan; monuments où éclatent tantôt la gloire et tantôt l’ambition des Grands Seigneurs. A côté de la grande salle qui renferme toutes ces richesses, Ali Emiri a aménagé une petite salle de lecture, ouverte tous les jours aux étudiants. 11 rédige à lui tout seul une « Revue d’histoire et de littérature ottomanes », dont chaque numéro relate quelque trouvaille, pour ne pas dire quelque découverte. Cet homme de bien et ce grand travailleur vient d’être chargé par le Sultan d’inventorier et de classer les nombreux documents — quelques centaines de mille, à l’estimation d’Ali Emiri, — relatifs à l’histoire de la maison impériale et entassés jusqu’à présent dans des caisses, à Sainte-Irène. Le bon archiviste s’est aussitôt mis au travail et se plaint seulement que l’ordre souverain lui ait été donné trop tard pour qu’il puisse l’exécuter entièrement avant de mourir. Réunies en un seul dépôt, les collections de l’Evkaf formeraient une des belles bibliothèques du monde ; les érudits y trouveraient le bénéfice d’un classement général et d’une plus grande commodité de recherche ; les artistes et les flâneurs y perdraient le délicate! rare plaisir de feuilleter quelques beaux livres dans le silence et la fraîcheur d’une petite chapelle, qu’isolent du reste du monde tantôt les arceaux d’un cloître, tantôt les cyprès d’un vieux jardin.