6 2 Chap. V. Les théories roumaines tout à fait l’idée d’une extermination ou d’une expulsion de la population indigène, à cette époque. En vertu de ces considérations, nous supposons que le nombre des colons romains, établis en Macédoine sous Tibère, n’a pas dépassé vingt mille. Cette poignée d’intrus ne pouvait avoir la force de romaniser un pays possédant une civilisation grecque très élevée. La dénationalisation d’un peuple ne peut être obtenue que par une civilisation supérieure, s’appuyant sur une administration soigneusement organisée. Ainsi la Gaule a été romanisée dans l’espace de quatre siècles par une foule de fonctionnaires, de juges, de savants, de prêtres et de commerçants romains. Or, quand le préteur ou le proconsul romain venait dans les provinces orientales, il parlait grec; le juge romain y donnait ses arrêts en langue hellénique et le commerçant romain ne pouvait pas soutenir la concurrence du marchand indigène, s’il ne parlait pas le même idiome. 11 est donc de notoriété historique que les Romains n’ont jamais tenté sérieusement de romaniser les provinces helléniques. Aussi lorsque Constantinople fut devenue la capitale de l’empire romain oriental, voyons- nous la dynastie, la cour et le gouvernement hellénisés entièrement cinquante ans après. De même, les vingt mille colons que nous avons supposés en Macédoine, furent obligés de se soumettre à l’influence grecque, et il est certain que leurs descendants perdirent leur caractère latin, en moins d’un siècle. Il est, par suite, insoutenable de prétendre que cet élément latin s’était enfui dans les montagnes à l’époque de l’invasion barbare. Les dévastations épouvantables subies par la Macédoine ne commencent qu’à l’arrivée des Huns, en 434. Les Latins dont il s’agit, étaient donc dans le pays depuis quatre cents ans, de manière qu’ils ne pouvaient plus se regarder comme des étrangers. Et ce seraient eux, les descendants des fiers et belliqueux Romains, qui auraient