Le travail civilisatoire des Hellènes. leurs grands drog-mans, leurs ambassadeurs extraordinaires auprès des cours européennes, de même enfin, qu’ils leur empruntèrent les princes chrétiens chargés, d’aprés les traités, d’administrer différentes parties vassales de l’empire, telles que la Valachie, la Moldavie et la Bessarabie. Or, il était de tradition, dans ces familles phana-riotes, de prendre part à l’oeuvre scientifique nationale. Leurs relations étroites avec le patriarcat et avec toute l’organisation ecclésiastique éveillaient sans cesse leur attention sur les questions scolastiques. Chaque famille s’honorait d’avoir quelques-uns de ses membres à la tête du travail scientifique. Toutefois, si l’on ne remarquait guère en Occident ce continuel labeur des savants grecs en théologie, philosophie, histoire, jurisprudence et médecine, ce n’est nullement une raison pour le méconnaître. Comme l’a prouvé M. Krum-bacher, on ne doit parler d’engourdissement intellectuel à aucune époque du Bas-Empire. Et il n’est pas difficile non plus d’établir devant le monde savant la continuation de ce travail scientifique et civilisateur sous le pénible joug des sultans. En résumé, si dans toute l’étendue de l’empire ottoman, y compris les pays balcaniques maintenant indépendants, l’heliénisme a été jusqu’à présent l’unique et véritable facteur du progrès moral et économique; si les églises et les écoles, les professions académiques, le commerce et les métiers industriels ont été dirigés ou exercés seulement par les Grecs, ce n’est pas le résultat d’une habileté et d’une rouerie particulières des Hellènes; au contraire ils ont gagné cette situation prédominante par un labeur assidu de deux mille ans, et nul autre peuple ne peut leur opposer en Orient des mérites équivalents.