202 Cap. XI. Jugement de Crispí sur les Albanais. „Tout en admettant que les Albanais appartiennent à une race distincte, il faut reconnaître qu’ils ont une grande affinité avec les Grecs; ils se fondent avec eux, comme les anciens Pélasges se sont fondus avec les Hellènes, et prennent facilement la langue et les idées de leurs voisins. Cela est visible en Grèce, où les colonies albanaises forment le cinquième de la population, suivant les uns, le dizième suivant les autres. Il est aisé de prévoir que dans quelques générations, ces cent ou deux cent mille Albanais ne se distingueront plus des Hellènes. C’est une preuve sensible de la parenté originaire des deux nations. Il est même remarquable que du mélange des deux races, il se forme un peuple qui a les qualités des deux pays et n’en a point les défauts. Les Souliotes, les Hydriotes sont un bel exemple de ce que peuvent devenir les Albanais, sous l’influence grecque. Du reste, partout où elles ont émigré, les colonies albanaises se sont montrées sous un jour favorable; elles ont laissé leur barbarie dans leurs montagnes et ont paru très disposées à profiter de la civilisation. Seulement, elles ne se sont pas mêlées avec d’autres peuples que les Grecs, et partout ailleurs, elles ont conservé leur langue et leurs usages.“ La prédiction de Laboulaye, à savoir que les Albanais seraient bientôt entièrement absorbés par la population hellénique, s’est accomplie déjà en grande partie, sans aucune pression extérieure, dans la seconde moitié de ce siècle, tandis que les 30.000 Albanais qui vivent dans l’Italie méridionale et en Sicile ne se sont, en aucune façon, mêlés à la population intérieure de ces pays. A plus forte raison, les Albanais ne se mêleront pas aux Roumains, encore moins aux Bulgares et aux Serbes. D’ailleurs, M. Crispi qui ne peut, à coup sûr, être regardé comme un adversaire des intérêts latins, en