LES LIAISONS INTÉRIEURES. 31 aujourd’hui, la jalonnent encore. Dernières collines, l’écran de granite, qui abrite Cavalla des vents du Nord. La route y monte, puis descend en lacets l’Échelle, vers la vieille citadelle génoise, dont les murailles crénelées ceignent encore les boutiques de l’ultime bazar macédonien. La liaison egnatienn'e. — Le rôle balkanique de la via Egnatia, si important qu’il eût été à des époques de conquêtes, fut au dernier siècle assez médiocre. Certes, l’histoire du commerce intérieur des Balkans n’est pas faite encore. Mais, dès le début du xixe siècle, l’émiettement de FEmpire ottoman ne permettait plus un commerce important transbalkanique, et les Montagnes du Centre, le « Roumlouk », devenaient de plus en plus des repaires de brigands-patriotes, haïdouk slaves, klephtes grecs, qui arrêtaient les caravanes, coupaient les communications. Au contraire, le rôle macédonien de la route egnatienne est capital. Entre toutes les cellules presque closes, bassins des Lacs, Pélagonie, Campanie salo-nicienne, plaines de Serrés, de Drama, elle est le lien continu. Elle met la Macédoine intérieure et haute au contact de la Macédoine basse et maritime. Elle donne toute son importance à la position égéenne, créatrice de ports le long du littoral. Les plus grandes villes de la Macédoine sont aux carrefours qu’elle crée. A son intersection avec les routes Nord-Sud se placent Strouga et Okhrid, Bitolj, Edessa, Salonique, Serrés et Cavalla, celle-ci un peu à l’écart des marais de la Mesta. Le brassage des populations est dû à ces croisements multiples. Parmi les « courants métanastasiques », que Cvijic a reconnus à la suite de la monumentale enquête des Naséliia serpskih zémaliia, le « courant du Vardar » qui, depuis le xive siècle, l’invasion ottomane, mena les Serbes vers le Nord, est issu de foule de courants primaires nés autour du Bitolj, d’Edessa ou de Serrés. Le rassemblement se faisait aux grandes étapes de la route egnatienne. De là, par la Pélagonie, le bas Vardar, la Strouma, on se dirigeait vers le moyen Vardar, à la rencontre d’autres courants Sud-Nord, dans le Poretché ou le Tétovo. De Vélès, de Skoplié, par Vranié et Nich, on remontait la Morava, ou, par la Ptchinia, la Kriva, on se rendait à Kioustendil, à Sofia. Ainsi le trait essentiel de l’antique civilisation sudslave, la zadrouga, la grande famille patriarcale, était aussi répandue en Macédoine que dans les pays voisins. C’est un courant en sens inverse, plus intellectuel que massif, qui, depuis 1870, la fondation de l’Exarchat, essaima les églises et les écoles bulgares. Il sortit des couvents bulgares de l’Athos, source déjà de la renaissance bulgare des xvin® et xixe siècles, puis de Salonique, devenue le siège de l’école normale exarchale. Les évêques bulgares s’installèrent à Bitolj, à Okhrid d’une part, à Vélès, à Skoplié de l’autre : origine des revendications bulgares sur la Macédoine occidentale. Enfin, c’est le long de la via Egnatia que le Turc, homme des plaines, prit possession de la Macédoine, ne s’en dessaisit que tardivement. ///. — LA MACÉDOINE DES TCHIFLIK L’économie pastorale est née des contrastes. L’économie agraire est la conséquence des conquêtes à l’intérieur des Balkans. La Macédoine montagneuse est