LA PREMIÈRE COLONISATION. 63 à faire occuper par de purs Serbes les régions trop longtemps contestées. Au printemps, même sans attendre l’avis de la mairie, avertie par le Ministère, qui autorise le futur colon à se mettre en route, la famille quitte le foyer natal. Cependant, en général, on attend l’aide de l’État, on la provoque. C’est le voyage gratuit, ce sont des prêts d’argent (15 à 20 000 dinara), c’est le don du bois des forêts domaniales pour la construction de la nouvelle demeure. Parfois la maison est démontée, emportée, puis rebâtie : ainsi font souvent les Serbes de la Lika. Sans tarder le paysan se met à défricher sa terre, ses 5 hectares (souvent abaissés à 2, à 3 ha. dans les rayons de 3, de 5 km. d’une ville, ou augmentés proportionnellement à l’ampleur de la famille ou selon la qualité de la terre). Il peut recevoir aussi 2 hectares en sus pour le reboisement. A côté des fermes-modèles, des écoles d’agriculture, voire les stations de gendarmerie ou les écoles communales (qui peuvent avoir 50 ha.) fournissent des moniteurs. Ce flot lent, régulier, s’avance d’abord sur le Kossovo, peuplé de souvenirs légendaires et héroïques, surtout au Sud-Est, vers Gnilané. De là, la route est ouverte vers les bassins de Koumanovo et de Skoplié. Sans doute la montagne, qui borne le Kossovo au Sud, est une tchesla, une « petite forêt », c’est-à-dire un hrastalak épais et peu pénétrable; mais à l’Est, les chemins, qui mènent vers Pré-chévo et surtout vers Bouianovats, zigzaguent dans des vallées peu hautes (900 m., et même 500 m., au N.). Dès 1920, la première marée atteint le bassin de SkopIié,'la Pélagonie de Prilep, le Tikvech, la région de Chtip et Stroumitsa. Elle s’enfle en 1921 et 1922. En 1923, elle stagne. Les premiers mécomptes sont survenus (v. carte 2, pl. X-XI). Départements 1919 1920 1921 1922 Total1 --- --- F. Ha. F. Ha. F. Ha. F. Ha. F. Ha. Koumanovo.......... 40 280 60 420 110 700 210 1 400 Skoplié............ 16 90 22 150 80 500 118 740 Bitolj et Oklirid....... . . 4 16 12 36 18 145 42 341 76 538 Tikvech (Kavadartsi)..... . . 3 42 35 282 99 682 30 276 167 1 282 Brégalnitsa (Chtip)....... 7 56 13 107 30 245 99 550 149 958 Au total....... 720 4 918 Ce n’est pas une colonisation insignifiante qui établit sur les terres macédoniennes 720 familles, soit, en chiffres ronds, environ 3 000 personnes, et qui livre à la culture près de 5 000 nouveaux hectares. Mais, d’une part, cette colonisation est faible en soi, et, d’autre part, elle est médiocre si on la compare à l’effort fait plus au Nord, en Vieille Serbie, dans la Métokhia et le Kossovo : ces plaines accueillirent dans ce même laps 1 602 familles (environ 50 000 personnes) sur 10 772 hectares (10 492 selon un autre calcul), ce qui indique une densité de peuplement, une fertilité de la terre tout autres, conditions de la réussite 2 (v. pp. 88 et 89, fig. 21 et 22). 1. Chiffres des familles (F.) et des hectares (Ha.) fournis par les différents bureaux de colonisation. A ces chiffres, il faut ajouter ceux qui résultent de la distribution aux volontaires de la guerre, à quelques indigènes (en supplément), aux propriétaires (en échange), aux écoles, stations-modèles, établissements publics, etc. : ils sont alors très faibles. 2. Chiffres fournis par l'Union des coopératives agraires à Skoplié. — Cf. aussi Ivsic : Les problèmes agraires en Yougoslavie, P., Rousseau, 1926, in-8°, 370 p. ; les chiffres donnés d’après le rapport du commissaire agraire de Skoplié (24 janvier 1922) sont très différents des nôtres, nous semblent fort exagérés.