— 88 — Aucun de mes lecteurs n’exigera que je refasse l’histoire détaillée de la mémorable lutte parlementaire entre le parti dénommé de 1’« Autonomie dalmate » (Autonomiste) et le parti dénommé National, qui avait pour programme l’union de la Dalmatie et des provinces sœurs. Ce travail sera fait ailleurs et au moment convenable. Ici, je me bornerai à la très rapide synthèse d’une lutte qui, dans les deux camps opposés, fut ennoblie par le talent et par le que s’affirma davantage et c’est obéissant aux suggestions de Berlin et de Budapest, appuyées sur la menace d’une seconde guerre à l’Autriche, que le Reichsrath vota la loi du 2 avril 1873, aux termes de laquelle le droit d’envoyer des délégués au Parlement de Vienne fut enlevé aux Diètes et furent introduites les élections directes pour le Conseil de l’Empire. Cette réforme de la constitution consacra le triomphe du dualisme de 1867 et du principe centraliste. L’introduction du suffrage universel pour le Reichsrath (1907) ne put ébranler le système centraliste et même il l’aggrava par une savante loi électorale, rédigée au profit de l'hégémonie des Allemands, et par la mobilisation des masses rurales aux ordres d’un puissant clergé et d’une phalange compacte de fonctionnaires imbus de l’esprit centraliste de Joseph II. Les Diètes furent ravalées au rang de Conseils provinciaux. Leur histoire toutefois est infiniment plus intéressante que celle du Reichsrath. C’est qu’en effet dans les Diètes des pays autrichiens s’élabore la vie intérieure des nationalités de la Monarchie et c’est en elles que gronde la menace des futures émancipations.