— 27 — huitième siècle seulement se condensa la Pax Veneta comme suprême formule de conservation animale. Au dix-huitième siècle, pour les observateurs superficiels, la côte dalmate s’ita-lianisa. Mais il y eut toujours des échappées de lumière. De temps à autre, elles déchiraient les ténèbres par cette seule et unique pensée de l’Unité Nationale; et il en fut ainsi, même à l’époque de la plus abjecte servitude. Tommaseo avait donc bien raison d’affirmer que « la Dalmatie se conserva slave mieux que l’Italie ne se conserva italienne ».1 11 voulait dire ceci : — Un pays soumis, pendant une série de siècles, à un régime italien par le sang et par la langue sinon par le sentiment ; privé de tout contact avec ses frères de la même race, avait plus de mérite à garder la fidélité envers la voix du sang que n’en avait l’Italie. L’Italie toute déchirée et asservie qu’elle était par les gouvernements étrangers, puisait à l’ombre de Rome éternelle la conscience de son Moi national. Quelles tentations eut à subir notre peuple 1 Et quels attraits l’auraient détourné de la ser- 1 Je cite le passage tout entier : « La Dalmatie, tout en aimant un gouvernement et une civilisation italiennes, n’a jamais oublié ses devoirs, ni son individualité. Elle a toujours su conserver sa propre nature, ses coutumes, son costume et sa ¿angue. Elle se conserva slave mieux que l’Italie ne se conserva italienne. » Secondo Esilio, II, 135.