LA COURONNE DE VENISE composé d’une petite antichambre pour les valets, suivie d’une chambre tapissée de brocatelle de Venise, avec une table et deux estrades garnies de maroquin, et ouverte de huit croisées effectives et de deux portes vitrées. Nous trouvions notre domicile si agréable et si commode, que, contre notre ordinaire, nous n’avions nulle impatience d’arriver, d’autant mieux que nous étions munis de force vivres, vin de Canaries, etc., et que ces rivages sont bordés de quantité de belles maisons de nobles Vénitiens. » Évidemment, la route, dans de telles conditions, ne devait point paraître longue. Quelles délices de voyager ainsi, lentement et confortablement, dans l’un des plus beaux pays du monde et avec les plus charmants compagnons de plaisir qui furent jamais ! Dès que la nuit tombe, le bateau s’arrête ; on dîne dans une villa ; à défaut, on improvise un festin à bord. On danse, on chante, on joue jusqu’au matin. Des intrigues se nouent et se dénouent. Le moindre incident prend un pittoresque délicieux. En aucun temps, la douceur de vivre ne fut plus grande ni plus passionnément cultivée que pendant les années du xvme siècle vénitien. Il faut lire les mémoires de l’époque pour se faire une idée des fêtes incessantes qui se succédaient sur ces rives où s’élevaient près de cent cinquante villas. L’existence y était aussi luxueuse et plus libre encore qu’à Venise. On ne villégiaturait pas pour se reposer et jouir de la campagne, mais pour s’amuser, — 6 —