LA PLAINE DU VENETO plat. Ils sont bien de cette race frioulienne, forte et laborieuse, plus rude que la vénitienne; ils me rappellent ces paysans du Cadore, d’où sortit Titien qui, presque centenaire, peignait encore d’une main assurée. Sur ma demande, ils me nomment les cimes lointaines et m’indiquent les villes les plus importantes que l’on distingue le long des rivières ou dans les replis des coteaux : Civi-dale, San Daniele, Palmanova avec sa forteresse étoilée, San Vito, Pordenone. Tout à fait au sud, on aperçoit les lagunes où dorment Aquilée et Grado, et, parfois même, par les temps clairs, la ligne de l’Adriatique jusqu’à la ville anadyomène... Admirable spectacle que je ne me lasse point de regarder jusqu’à l’heure où le soleil déclinant met sur les choses cette « lumière titienne » dont parle Chateaubriand, quand il compare Venise à une belle femme dont le vent du soir soulève les cheveux embaumés et qui meurt saluée par toutes les grâces et tous les sourires de la nature... Admirable spectacle, peut-être plus exaltant encore, le lendemain, dans la joie ensoleillée du matin nouveau, mais auquel pourtant je dois m’arracher. Comment quitter Udine sans avoir vu ses Tiepolo? Nulle part on ne peut mieux connaître le peintre auquel, chaque année, on rend davantage justice, et qui n’est plus seulement, à nos yeux mieux avertis, le charmant improvisateur, le virtuose en qui s’incarne toute la folie du xvme siècle vénitien. Je me rappelle le chapitre où — ioi —