DANS LES COLLINES EUGANÉENNES Étrange et puissant sortilège de l’Italie, dont la prise est si forte sur nos âmes avides de beauté que nous sommes heureux de retrouver quelques-uns de ses aspects dans les coins de France qui nous sont les plus chers ! Avant Arqua, on traverse une plaine marécageuse qui fut sans doute le fond d’un lac desséché. Des bœufs blancs, attelés par six, huit et même dix paires, comme j’en vis aux environs de Ferrare, labourent profondément une terre grasse qui jaillit, d’un noir intense, sous le choc de la charrue. Et le contraste est violent entre ce sol couleur d'encre et le clair feuillage des saules qui bordent le chemin. Puis les monts bleus se rapprochent. La route s’élève dans un cirque ensoleillé, où les vignes luxuriantes se mêlent aux figuiers et aux oliviers. Dans les jardins, lauriers, magnoliers, camélias et grenadiers poussent en pleine terre, drus et vigoureux. Au pied du mont Ventolone, qui les protège contre les vents froids, des collines s’évasent en forme d'arc : peut-être est-ce l’origine du nom d’Arqua. La montée est si rude que je descends de voiture, à côté de la fontaine que Pétrarque fit construire, ainsi que l’indique l’inscription : Fonti Numen adest; lymphas, pius hospes, adora Unde bibens cecinit digna Petrarcha Deo. Le village, sur la hauteur, ne possède aucune source — 41 —