LA BRENTA Nous avons aujourd'hui quitté la lente et silencieuse gondole pour le rapide canot qui nous emporte au bruit sec de son moteur et au clapotement de son hélice. Entre la Giudecca et les Zattere, il file vivement. Son bois d’acajou et ses ferrures de cuivre luisent au soleil matinal, et il débouche bientôt dans la lagune lumineuse et plate sur laquelle flotte encore une brume légère où, derrière nous, Venise s’enveloppe. De ce fin tissu d'air irisé, elle emmaillotte ses palais, ses dômes, ses campaniles, comme des choses précieuses et fragiles, et qui demandent des soins parce qu’elles sont très vieilles, très belles et très délicates. Devant nous, il n’y a plus que l’étendue de l’eau voilée qui se déchire à notre course et qui est piquée, çà et là, par les grosses épingles noires des « pali » marquant le chenal de Fusine, entre des bancs de vases dont affleurent les grasses algues submergées. — 107 —