LIVRE VII. 113 droits. Et quels étaient-ils ces droits? d’être bâtard et parricide. A quel titre Venise devait-elle en hériter ? parce que ce monstre était né d'une courtisane vénitienne. Quels étaient les fruits de cette criminelle entreprise? la haine deF’errare, la honte d’une injustice et d’une défaite, le perle d’une armée, la guerre contre tous les peuples, l’interdit, l’isolement de Venise d’avec tout le reste de l’Europe:au dehors les propriétés saisies, les citoyens massacrés ou vendus comme esclaves ; au dedans la disette, la misère, l’excommunication, et les factions. Et c’était au milieu de tant de circonstances désastreuses que ledogc,n’écoutant que son orgueil, comme aurait pu le faire un prince couvert de gloire, dépouillait le peuple de ses droits les plus sacrés, outrageait d’illustres familles, en les déclarant sujettes, dans un Etat où la souveraineté était l'apanage de tous, et cimentait ses odieuses usurpations par le sang du généreux Bocconio. « Ce doge, s’écria Querini, ce doge, animé de l’es-« prit infernal, a dégradé tous les bons citoyens; il « a semé la division dans les familles, en en rédui-ii sant les membres à des conditions inégales. 11 a « foulé aux pieds les droits de ceux dont les glo-n rieux ancêtres ont élevé la puissance de cet État. « Il a oublié le courage des Vénitiens, qui n’hésitè-« rent jamais à hasarder leur vie pour le salut de la « patrie. Aussi a-t-il encouru la haine de tous. « Grands et petits ont à lui reprocher le deuil de h leurs familles, l’envahissement de leurs droits, « la décadence, le péril de la république. Ce pé-ii ril est imminent; mais le remède est dans nos h mains. » Là-dessus Thiépolo, prenant la parole, se livra à toute sa haine contre le doge, et prouva qu’on ne pouvait sauver l’État qu’en arrachant le pouvoir aux mains qui en abusaient. Il ne manqua pas, en accusant l’ambition du prince actuel, de rappeler la modération du sage Jacques Thiépolo, qui, un siècle auparavant, avait abdiqué celle dignilé. Il compara les désastres dont on avait à gémir avec le règne glorieux de Laurent Thiépolo, son aïeul, vainqueur des Génois en Syrie, et qui avait forcé l’Italie à reconnaître la souveraineté de Venise sur l’Adriatique. « Si mon trisaïeul, dit-il, s’est dé-« pouillé volontairement du pouvoir, après avoir « donné de sages lois; si son lils a péri sur un glo-ii rieux échafaud, victime de la haine de l'empc-'i reur, qu’il avait encourue par son dévouement à « la république; si mon aïeul a illustré Venise par ii des victoires, j’ai vu ces éminents services noble-« ment récompensés par l’amour de tous les bons « citoyens, lorsque leurs suffrages unanimes appe-« laient mon père à la dignité suprême. Les ambi-« lieux qui conspiraient dès-lors contre vos droits, MST0IRE DE VEMSE.