2 CHAPITRE Ier. servé une individualité historique, plus ou moins respectée de fait par les Habsbourgs, mais qui en principe n’avait jamais été sérieusement contestée. C’est à tort que l’on a confondu avec l’histoire de la maison d’Autriche celle des états qui composent aujourd’hui son domaine; cette erreur excusable dans un temps où l’histoire des peuples se résumait en celle des souverains est inadmissible aujourd’hui; on sait maintenant que les nations ont une existence indépendante de celle des familles princières et que ces familles, si illustres que soient leurs origines, finissent toujours en somme par se subordonner aux aspirations nationales. La Révolution française ne connaissait point d’état austro-hongrois quand elle déclarait la guerre au roi de Bohême et de Hongrie. Les royaumes de Hongrie et de Bohême en offrant au début du xvi' siècle leur couronne à Ferdinand I d’Autriche (1526), n’avaient point entendu subordonner leur individualité à une agglomération factice d’états étrangers ; après avoir vécu d’une vie glorieuse et libre sous des monarques nationaux, ils avaient cherché dans une union purement personnelle une force de résistance contre les invasions ottomanes ; mais ils n’avaient songé à s’anéantir ni dans l’unilé d’une monarchie autrichienne, ni dans celle du Saint Empire germanique. Ferdinand I n’apportait avec lui que les Etats héréditaires d’Autriche (Haute et Basse), la Styrie, la Garinthie, la Carniole, Gorica, Gradiska, une partie de l’Istrie et le Tirol, c’est-à-dire un groupe de populations allemandes slaves et italiennes dont le total ne dépassait guère cinq millions d’habitants, soit un septième à peine de la population totale de l’état austro-hongrois. Ce groupe ne pouvait ni par son importance, ni par l’éclat de son histoire ou la supériorité de sa civilisation prétendre à absorber ou à assimiler les deux royaumes de Bohême et de Hongrie, En acceptant les deux couronnes de Saint-Vacslav et de Saint-Etienne, l’empereur Ferdinand s’était engagé à respecter les droits et privilèges qui y étaient attachés ; il avait pris un engagement analogue envers la Croatie annexe de