LA BOHÊME SOUS GEORGES DE PODEBRAD. 205 Puis il se jeta sur ses adversaires; en peu de temps il leur enleva les principaux de leurs châteaux-forts. Son fils Victorin (1468) pénétra en Autriche pour châtier J’empe-reur Frédéric dans ses propres domaines. Mais à ce moment, le pape suscita à Georges de Podébrad un nouvel adversaire, Mathias Corvin. Mathias se laissa séduire, moins peut-être par l’honneur de défendre la foi catholique que par le désir de venger des griefs personnels et l’espoir de réunir sur sa tête ces deux couronnes de Hongrie et de Bshôme, qu’un môme souverain avait déjà portées ; le pape lui fournit d’ailleurs des ressources pour la guerre sainte. Mathias obligea Victorin à quitter l’Autriche et entra à l’improviste dans la Moravie. Les villes catholiques de Moravie et de Silésie ouvrirent leurs portes au roi de Hongrie. En 1469 il pénétra en Bohême dans le cercle de Ca-lav; mais les Tchèques avaient été élevés depuis un demi-siècle à l’école des grandes guerres. Georges enveloppa son ennemi et l’obligea à signer un armistice à Vilemov. Mathias, délié de ses engagements par le Saint-Siège, toujours acharné à la perte de Podébrad, reprit les armes dès qu’il fut libre> rentra en Moravie et poussa la guerre avec une cruauté sauvage. Il payait les têtes des Tchèques prisonniers et les renvoyait dans le camp ennemi avec des ba-listes. Il convoqua ses partisans à Olomoucet se fit proclamer roi de Bohême; une armée tchèque le poursuivit à travers la Lusace, la Silésie, la Moravie et l’obligea à se réfugier en Hongrie. Mais les villes où il avait mis garnison restaient en sa possession ; le roi Georges, malade et sans allié au dehors, redoutait un démembrement du royaume. Il crut lui assurer du secours en promettant à un prince étranger la couronne de Bohême; il avait deux fils, mais il n’hésita point à sacrifier l’intérêt de sa dynastie à l’intérêt supérieur de la patrie. Il aurait pu peut-être assurer, la couronne à un de ses fils ; il préféra entrer en négociations avec le roi Kazimir de Pologne. Il le fit accepter à la Bohême pour son successeur. Cet acte de patriotique désintéressement fut le dernier de sa vie; il mourut en 1471, à