238 CHAPITRE XIV. de 1493 se répandit en plaintes amères sur la lâcheté et l’inertie du roi qui préférait « le repos et les loisirs de la chasse aux devoirs de la guerre ». Les finances du royaume étaient dans le plus grand désordre; les magnats se disputaient le pouvoir. La diète de 1505 prit une résolution des plus graves. « Ce royaume, dit son manifeste, a souvent été gouverné par des rois étrangers. Jamais il n’a souffert plus cruellement que sous leur règne... Occupés de leurs intérêts de famille, au lieu d’étu-dier les mœurs et coutumes d’une nation scythique devenue, au prix de son sang, maîtresse du sol qu’elle habite, ces étrangers se sont livrés à l’oisiveté plutôt qu’aux fatigues de la guerre. C’est ainsi que nous avons perdu la Serbie, la Galicie, la Lodomérie, la Bulgarie, la Dalmatie..... Ce démembrement de nos frontières peut nous faire craindre que l’ennemi pénètre sur notre propre territoire, à moins que la nation, dans son affection pour le sol natal, n’élise un roi capable dans son propre sein. » Il était bien tard pour exprimer ces sentiments patriotiques et la noblesse n’avait qu’à s’en prendre à elle-même si le pays avait si souvent obéi à des rois étrangers. Ce manifeste, qui déclarait traître à la patrie quiconque soutiendrait désormais un prétendant étranger, fut envoyé à tous les comitats. Il était l’œuvre du protonotaire Etienne Verbœczy, un des hommes en qui s’est le mieux incarné le génie juridique et patriote de l’ancienne Hongrie. Jeune encore, il avait consacré sa vie à approfondir le droit public hongrois qu’il avait étudié à l’académie de Bude. Malheureusement les formules du droit, l’éloquence dont on peut les revêtir, ne prévalent pas contre la force brutale. Ladislas eut un fils, le prince Louis (1506); enveloppé dans les filets de la diplomatie autrichienne, il le fiança dès son berceau à Marie d’Autriche, 1a. sœur de celui qui devait être Charles-Quint. Il dédaignait tellement l’opinion publique, qu’il s’engageait, si son fils venait à mourir, à léguer le royaume à sa fille Anne, la fiancée de Ferdinand d’Autriche. Il était si peu soucieux des intérêts du royaume, qu’il ne profitait même pas de la ligue de Cambrai pour reprendre aux Vé-