LA CONSTITUTION DUALISTE. 565 terrain de la Déclaration. Cette situation tendue se prolongea jusqu’à l’époque de la guerre franco-allemande. Exploités par les Allemands les Tchèques songeaient à se rapprocher de la France qui hélas ! n’avait pas encore la complète conscience du danger dont la menaçaient les ambitions tudesques. Nous n’avons que des idées assez vagues sur les peuples slaves el leurs ennemis avaient réusai à nous persuader que le grand danger que menaçait l'Europe, c’était le Panslavisme. Pour lutter contre ce préjugé le chef politique de la nation tchèque — celui qui jouait chez elle avec moins de bonheur le rôle de FrançoisDeak en Hongrie — avait en 1867 fait publier dans notre langue un discours prononcé à la diète de Prague le 13 avril 1867 et l’avait distribué à un certain nombre de nos publicistes. Bien peu hélas! en comprirent l’intérêt prophétique. Ja n’en citerai que deux fragments. « L’empire d’Allemagne, disait Rieger, existe de fait depuis la bataille de Sadova. La couronne impériale brillera sur le front d’un Hohenzollern, c’est l’affaire de quelques semaines, peut-être de quelques mois. »Je ne puis me défendre de la conviction que le dualisme amènerala ruine de l’empire » On sait comment ces deux prédictions se sont réalisées. On ne les prenait pas au sérieux chez nous en 1867. On ne comprenait pas la solidarité des intérêts slaves et des intérêts français. Rieger la sentait fort bien. Il désirait agir directement sur l’esprit de Napoléon III que l’on considérait encore comme l’arbitre de l’Europe. Au cours de l’année 1869, à la suite de circonstances dont on trouvera le détail dans mon volume sur la Renaissance tchèqueRieger réussit à obtenir une audience secrète def Napoléon III et lui remit un mémorandum où il expliquait l’identité des intérêts tchèques et des intérêts français. Il y expliquait fort bien comment l’Autriche pouvait êtte amenée à la ruine par les Allemands qui rêveut une grande Allemagne, par les Magyars, qui ne veulent pas de l’unité autri- 1 P. 188 et suivantes, Paris, Alcan, 1911.