308 DOCUMENTS RELATIFS AU CHAPITRE TROISIÈME après-midi, je nie suis mis immédiatement en relation avec lui. Choukri et les officiers de l'état-major nous ont demandé de leur laisser tout ce qu’ils avaient avec eux. Choukri a voulu garder son ancienne demeure à Kadyrlyk. Tout cela a été accordé. Aux environs du i5 mars, 011 leur permit départir pour la Bulgarie, tandis que les officiers inférieurs, à commencer par les chefs de régiment (colonels), étaient retenus à Andrinople. Au moment du départ, j’ai exprimé à Choukri mon mécontentement, au sujet de l’autorisation, donnée par lui, de détruire les magasins de vivres. Je lui ai fait observer que ce seraient les malheureux prisonniers de son armée qui en souffriraient et qu’ils avaient déjà déclaré (je les avais visités le 14 mars, c’est-à-dire dès le lendemain de la reddition), ne pas avoir mangé pendant cinq jours entiers, ce qui signifie qu’ils n'avaient pas été nourris du tout, ou l’avaient été insuffisamment, pendant les trois dernières journées du siège. Ils expliquaient eux-mêmes ce jeûne prolongé par le fait qu’ils avaient dù se battre pendant tout ce temps. J’ai exposé à Choukri tout l’embarras dans lequel nous nous trouvions, en raison de la destruction du pont de l’Arda, de l’anéantissement des dépôts de vivres, de la difficulté et de la lenteur des communications avec Mustafa-pacha. La réponse de Choukri fut qu’il n’avait pas donné l’ordre de brûler les dépôts et que ce malheur était le fait des « tchapkaris » (des vauriens). Je lui ai aussi communiqué l’ordre, donné par moi, de prélever un quart de la portion de pain distribuée à nos soldats, pour empêcher que les prisonniers turcs ne meurent de faim, et Choukri m’en a remercié. J’ai en effet pris cette mesure, à titre temporaire, jusqu’à l'arrivée des denrées attendues de Baba-Eski et de Mustafa-pacha. Dès la seconde journée, soit le i\ mars, on a commencé à donner ces quarts de portion aux soldats ennemis. Quelques jours après (peut-être même dès le 15), j’ai réparti ces denrées entre les régiments qui formaient mes troupes, pour les mettre sur un pied d’égalité avec l’armée bulgare, quant aux approvisionnements. > « Les prisonniers ont demandé la permission de prendre l’écorcedes arbres pour allumer du feu, comme il pleuvait et qu’il faisait froid. Les tentes, d ailleurs, manquaient à nos soldats eux-mêmes. Cette permission leur fut accordée, et ils coupèrent l’écorce avec des couteaux et des pioches. « Une des raisons qui expliquent l’isolement des prisonniers dans l’île de Sarai fut la présence parmi eux de contagieux, et cela, dès le troisième ou le quatrième jour après la reddition de la ville. Choukri m’a dit que le choléra avait fait son apparition dix jours avant cette date du i3 mars, mais qu’il avait disparu au moment de 1 entrée des troupes bulgares. Pourtant, la maladie n épargna pas 1 ile parla suite, et nous dûmes envoyer des docteurs turcs pour isoler les hommes contaminés, les soigner et enterrer les morts loin des vivants. « D après mon estimation, l’épidémie n’a pas causé plus de 100 à 200 décès