1-52 L.V GUERRE ET LES NATIONALITÉS En effet, un rapprochement entre la Bulgarie et la Turquie, fondé sur ces belles promesses, n’a rien d'impossible. Depuis l’origine du royaume, beaucoup de Turcs se trouvaient sous le régime bulgare, et ils avaient rarement à se plaindre de leurs maîtres nouveaux. Ils étaient toujours du côté du gouvernement. D'autre part, le principe de la liberté des religions et des écoles, quoique méconnu par le Gouvernement jeune turc, est un principe traditionnel en Turquie, et y revenir aujourd'hui, après tant d’épreuves et de défaites, serait montrer de la prudence. Ce retour est d’autant plus facile qu’il reste très peu de Bulgares en Turquie. Aussi, on peut espérer que le traité de Gonstantinople rapprochera les deux Gouvernements, qui n’ont plus rien à se disputer et qui peuvent se mettre d’accord quant aux droits de leurs nationaux. Un heureux commencement s’est effectué en Thrace. Il reste maintenant à créer un bon appareil administratif, — il n’est pas près de l’être, malheureusement, — pour mettre en pratique tous les bons principes. Malheureusement aussi, on ne saurait en dire autant de l’œuvre du traité de Bucharest. La délimitation qu’on y a arrêtée est loin d’être naturelle et de convenir aux tendances nationales des populations. G’est un nouveau germe de discorde que le traité de Bucharest a semé en violant partout le sentiment national et en disposant des territoires balkaniques, comme jadis le traité de Vienne de 1815 avait disposé des régions nationales de l’Europe. A en juger par cet exemple historique, une réaction nationale va suivre, tout comme à cette époque, l’œuvre de la routine diplomatique et politique. Il nous suffira d’exposer les faits ou, plus exactement, d'achever le tableau que nous avons ébauché dans notre chapitre premier pour en avoir des preuves convaincantes. Qu’est devenue la Macédoine, qui, tant de fois, a servi de pomme de discorde, maintenant que l’œuvre de la concorde semble être .accomplie ? Elle est la proie de la violence, et l’espoir est bien faible d’y voir régner jamais l’harmonie.