DOCUMENTS RELATIFS AU CHAPITRE TROISIÈME D’après les renseignements reçus, le tiers des forces militaires arrivées à Malgara appartenait au 4e corps d’armée et l’ensemble de ces forces ne devait pas être inférieur à 35.ooo hommes. La populace commença à exciter les soldats en leur répétant que les Bulgares n’avaient rien fait et que ceux qui avaient anéanti le pays étaient les giaours indigènes. D’autre part, plusieurs officiers, conduits par des Bachi-bouzouks, circulaient dans les quartiers arméniens, où ils prenaient certaines notes. Le lundi et le mardi se passèrent ainsi, sans qu'il y eût à noter autre chose que quelques petits vols. Mais, le matin du mercredi 3/16 juillet, l’attitude de la populace étant devenue plus agressive et menaçante, le marché fut presque complètement fermé. Au Ba/.irguian-Tcharchi, quelques boutiques arméniennes furent mises à sac. Bien (jue, sur les protestations des boutiquiers, l’autorité militaire eût interdit le pillage, aucune proclamation susceptible d’inspirer confiance aux Arméniens n’avait été publiée, aucun ordre sévère lancé. Au contraire, sur les instructions du commandant, le mardi et le mercredi, les crieurs publics invitèrent, à deux reprises, dans les quartiers arméniens, « ceux qui auraient volé des objets appartenant aux Musulmans ou qui seraient en possession d’armes, à les livrer ». Le commandant militaire de la place, Mahmoud-bey, faisant comparaître devant lui les notables arméniens leur cria à la face : « Traîtres d’Arméniens, vous possédez des objets et des armes volés aux musulmans. » En outre, le soir du quatrième jour, un sous-lieutenant déclara ouvertement à nos nationaux : « Vous autres, Arméniens, vous avez grandement aidé les Bulgares. Mais aujourd’hui ou demain vous recevrez votre récompense ». Etant donné, la surexcitation existante, il était tout naturel que de pareils propos, tenus par des personnages officiels, ainsi que les proclamations des crieurs eussent pour conséquence de pousser la populace aux pires méfaits. Epouvantés par ces symptômes sinistres, les Arméniens se retirèrent dans leurs demeures, s'attendant d'instant en instant à voir fondre sur eux la catastrophe. Mercredi, à minuit, une partie des troupes quitta la ville. Jeudi matin 4/17 juillet, quelques soldats demandèrent sur un ton farouche, à Bédros, de Uodosto, et a Garabet-Minassian, de Malgara, de leur indiquer la route d’Ouzoun-Iveupru. Frappé d épouvante, Garabet se réfugia chez lui. Le prétexte était trouvé. Aussitôt un groupe de soldats, accompagné île nombreux Bachi-bouzouks, s'approcha de la maison de Minassian, et Ali-Tchavouche, de Malgara, a 1 aide de torchons enflammés enduits de pétrole, mit le feu à l’habitation ainsi qu’à celle du curé.