LA MACÉDOINE GRECQUE lit! elle a naturellement subi le même traitement que ces deux dernières localités. Là encore, on força les Bulgares à devenir Grecs et on proposa aux paysans de signer une déclaration attestant qu'ils étaient devenus Bulgares seulement quinze ans auparavant et qu'ils y avaient été forcés par les comitadjis. On détruisit les livres d’office slaves ; on ne permit pas aux membres du clergé bulgare d’administrer les sacrements, tant qu’ils n’auraient pas été ordonnés par les évêques grecs ; on chassa les instituteurs et 011 força les écoliers à fréquenter les écoles grecques, sous peine de châtiments à subir par les parents ; on logea les soldats chez les propriétaires bulgares et on fit des réquisitions sans donner d’argent ni de récépissés ; on mit à la tête de l’administration des andartes, qui molestèrent par tous les moyens la population bulgare et laissèrent tuer les hommes, violer les femmes et brûler les maisons impunément. Nous pourrions citer les noms des personnes et des villages qui ont souffert. Les villages qu’on mentionne le plus souvent sont ceux d’Emboré, de Rakita, de Biriatsi, de Kontsi, de Débretsé, de Paléore, etc. Malgré toutes ces persécutions, on peut dire que, dans la Macédoine grecque, le fait seul que la différence ethnique entre les conquérants et les opprimés est plus grande que dans la Macédoine serbe a protégé beaucoup mieux la population bulgare contre l’assimilation. En effet, encore que les vainqueurs se soient estimés satisfaits d’avoir changé les noms et les statistiques, et d’avoir appris aux paysans à dire « bonjour » et « bonsoir » en grec et non en bulgare, il n’v a rien eu de changé dans la conscience nationale elle-même. En outre, il est encore un obstacle qui gêne l’assimilation de l’élément slave par les Grecs : c’est la présence de cet élément dans le voisinage immédiat. 11 est vrai que. dans la Macédoine serbe, ces mêmes hommes de race slave qui, à côté, s’appellent encore « Bulgares », sont forcés de se donner pourpravi serbi, de « vrais Serbes ». Mais cela n’empêche pas que le sentiment de l'affinité slave se conserve. Et ce sentiment se traduit chez le Gouvernement allié serbe par une tendance à vouloir maintenir et protéger l’élément « slave » en Macédoine grecque. Il est intéressant de noter que la première nouvelle des noyades grecques que la Commission ait reçue de Salonique lui fut donnée par un membre de la nation alliée, qui venait lui-même de prendre ses précautions contre la curiosité importune de la Commission, en ce qui concernait ses propres rapports avec les « Slaves macédoniens »... De leur côté, les opprimés slaves de la Macédoine grecque semblent regarder d’un meilleur œil les oppresseurs de leurs frères de Bitolia et d'Okhrida. Si on ne leur permet pas d’avoir des écoles « bulgares », quelques-uns d'entre eux paraissent prêts à demander des écoles « serbes », pourvu qu’ils puissent conserver leur école « slave ». Et la seule objection que l'allié grec présente à l’allié serbe, c’est que celui-ci ne tolère pas, par réciprocité, les écoles grecques en Macédoine serbe, ou bien