I.A CONDUITE DES BULGARES PENDANT LA SECONDE GUERRE 289 entendîmes la fusillade au dehors. La villeétait déjàen flammes, et bientôt l’école allait brûler aussi. Nous sortîmes de la chambre et nous en vîmes une autre où les cadavres étaient amoncelés. Quelques victimes, encore en vie, gémissaient. Les portes étaient ouvertes; nous résolûmes de sortir. Nous traversâmes la rue, nous nous dirigeâmes vers la montagne, à la rencontre des soldats bulgares, qui pansèrent nos blessures. Je n'ai pas encore eu de nouvelles de ma femme à l’heure qu'il est. » N° 19. Témoignage de Christo Dimitrov, meunier de Serrés. — « Le 5 juillet, je quittai mon moulin, sur le conseil d’un soldat bulgare, et je m’en allai à la maison chercher ma femme et mes enfants. On entendait des cris de zêta ! (le cri des Grecs). Tout alentour, les voisins criaient : « L’armée grecque arrive ! » Mes voisins me dirent de ne rien craindre et entreprirent de me sauver. Je passai cette nuit-là chez moi, et j’aperçus le lendemain, au malin, une foule de Grecs et de Turcs hurlant qu’ils allaient détruire tout ce qui était bulgare. Je les vis arrêter deux hommes de Dibra : Marko et Christo. Trois Grecs retournèrent à la maison de Christo et en ressortirent, une demi-heure plus tard, avec sa femme; elle criait : « N’y a-t-il personne pour me sauver? » La foule hurlait dans la rue : « Montre-nous les maisons des Bulgares ! » Le 6, j’allai me cacher dans la maison d’un Turc; le 8, la foule revint à l’assaut en criant ; « Il y a encore des Bulgares par ici! » Mes voisins essayèrent de me sauver mais, à la fin, comme la foule les menaçait, ils me conseillèrent de me rendre tranquillement au palais de l’archevèque, puisque je n’avais rien fait de mal. Mes voisins vinrent avec moi, pour déposer devant l’archevêque en ma faveur. Mais on me conduisit tout droit à l’école. En arrivant, on me vola l’argent que j’avais sur moi (5 napoléons), pendant que les soldats m’entouraient. Je passai cette journée avec environ 20 autres Bulgares. Ce soir-là, on m’attacha et on me conduisit à une chambre où 11 cadavres gisaient sur le plancher. On m’ordonna de m’étendre, on me lia les mains au dos et les pieds, on me frappa avec force, puis on me laissa là. Je pus parler avec deux autres, qui étaient encore en vie. L’un d’eux était mon voisin, Christo, de Dibra, et chacun des deux demandaient à l’autre : « Quel crime avons-nous commis ? » Je reconnus deux Grecs parmi nos geôliers, un certain Jannaki, frère du cavass du consul grec, et un certain Taki, fils de l’aubergiste Peter. Ils dirent à un evzone : « Il ne faut pas en laisser un seul vivant. » Alors, ils assommèrent à coups de bâton Pétro, Christo et Procop. Puis un autre Grec, un civil, entra et dit en me désignant: « C'est assez de \\ pour aujourd’hui; « nous ne pourrions pas les enterrer tous: laissons vivre celui-là jusqu’à « demain. » Evidemment, ils calculaient qu’ils ne pouvaient pas en enterrer 19