334 DOCUMENTS UKI.ATIKS AU CHAPITRE OCI XlKMi: choléra et, petit à petit, on se mit à nous regarder avec plus de bienveillance. Cependant, en dépit des malades qu’ils nous envoyaient, les Grecs ne nous donnèrent rien, excepté du pain. J’étais obligé d’acheter le lait caillé nécessaire, et encore me fallait-il avoir la permission de l'évêque. On ne nous fournit pas davantage d’infirmiers, quoique nous en eussions besoin, car il ne nous en restait (pie deux, malades et incapables de travailler, les deux autres ayant fui quand ils avaient appris qu’Andrinople était à nouveau aux mains des Turcs. Nous étions donc obligés de tout faire par nous-mêmes, d’aller chercher de l’eau pour les malades à un kilomètre et demi de distance, de jouer le rôle de cuisiniers, pharmaciens, infirmiers, etc. Cependant l’évêque, dont tout dépendait, ne nous prodiguait rien que des promesses. Des docteurs grecs venaient, non pas par simple curiosité, car leur devoir leur commandait de prendre la direction de 1 hôpital; mais ils s’esquivaient toujours, sous prétexte qu’ils attendaient la venue d’une Commission spéciale attendue de Salonique et destinée à nous remplacer. Chacun de ces médecins montrait d’ailleurs en paroles un grand empressement à nous être utile, et quand je leur demandai 5 aides infirmiers, ils m’en promirent i5. Deux jours plus tard, vers le soir une vingtaine d’hommes du service sanitaire se présentèrent à l’hôpital. Ils soupèrent (je leur offris même le thé), ils couchèrent à l’hôpital et, le lendemain, se sauvèrent, par peur du choléra ! « Voyant que l'on m’envoyait chaque jour davantage de malades atteints du choléra et me trouvant dans l'obligation d’agrandir l’ancienne section et d’en créer de nouvelles (on commençait à m’envoyer même des femmes), étant en outre obligé de perdre beaucoup de temps avec les malades du dehors, bien qu’il y eût des médecins en ville, je déclarai catégoriquement à l'évêque qu’il n’y avait pour moi aucune possibilité physique à continuer ce travail. Cependant. il me décida à rester encore deux jours. Le docteur grec qui devait prendre la direction de l’hôpital deux jours plus tard me pria aussi de rester encore un |>eu. Vint le 7 juillet. Le soir, à la brune, un des malades faillit être tué par la sentinelle. Nous apprîmes plus tard que les sentinelles avaient reçu l’ordre de tirer sur celui qui paraîtrait dans la cour après l’heure où on allume les lampes et que les malades n’avaient pas le droit de sortir le soir, même par besoin. Les cabinets d’aisance étaient dans la cour, et il n’y avait pas de « closets » dans 1 hôpital. Ni moi, ni mon personnel, ni les malades n’avions reçu comnmnication de cet ordre. Le 8 juillet, je me présentai de nouveau devant 1 évêque et je lui annonçai que je devais partir. Comme d'ordinaire, l'évêque voulut me décider à rester pour un temps indéfini; il me dit que la Commission du choléra était arrivée de Salonique, mais que les médecins refusaient de prendre sur eux la direction de notre hôpital. Il ajouta que le Gouverneur allait venir de Salonique et mettrait les médecins à la raison... En