258 LKS CONSÉQUENCES MORALES ET SOCIALES DE LA GUERRE ces peuples, dans leur caractère national et civique non encore formé et, enfin, dans les conditions où ils se trouvèrent durant leur longue servitude. Une vie longtemps précaire, rien d’absolument stable ni sûr, des mystères et des persécutions journalières et toujours un danger de quelque sorte imminent : tel avait été leur sort. Quelque révoltants que soient les faits extérieurs, ils sont vite oubliés du reste du monde, mais les nations des victimes continuent à en pâtir par cette conscience de l’injustice, cette déformation du sens moral, cet avilissement des caractères qui en résultent. Ajoutons une autre considération, en partie économique, mais en partie aussi sociale, et qu’il ne nous faut pas négliger. Si l’on y comprend les Turcs, plus d’un million et demi d hommes ont été sous les armes, pendant toute l’année dernière. Nous ne dirons rien de ceux qu’on a libérés et qui sont retournés à leur métier et à leur foyer. Mais les gros contingents, qu’on a maintenus à l’armée, et qui sont surtout composés de jeunes gens, sont exposés à un péril permanent. Il est démoralisant et dangereux de passer d’une vie utile et productive à la vie des casernes, avec ses flâneries dans les rues des grandes villes. La Commission, dans ses pérégrinations, semblait toujours, enveloppée de soldats qui grossissaient la foule, déjà considérable, encombrant les cafés et les lieux de divertissement. La guerre amène le gaspillage de beaucoup de richesses humaines, parmi lesquelles on peut compter la vie de toutes ces jeunes recrues actuellement au service dans la guerre des Balkans. Leur existence à la caserne, dans les circonstances actuelles, n’est ni normale, ni favorable au développement moral. La suite de notre enquête se rapporte au présent état social de ces dilîérents pays et à l’avenir qui s’ouvre devant la Macédoine. Dans quelle mesure la Grèce, la Serbie et la Bulgarie se sont-elles montrées capables d'administrer leur nouveau territoire? Quelles garanties lui offrent-elles en ce qui regarde un bon gouvernement et le développement de la civilisation ? Chacune de ce nations préside elle-même à ses destinées, sous une monarchie constitutionnelle où les citoyens sont dûment représentés. D’autre part, on constate une certaine instabilité, produite par le nombre des partis politiques et qui laisse libre jeu à l’opinion et à la volonté populaire. Les garanties les plus sérieuses et l’instrument de progrès le plus efficace se trouvent, assurément, dans les divers-systèmes d’éducation que chaque pays a établis. Chacun d’eux a ses Universités, ses écoles primaires, secondaires et professionnelles, et tous se sont préoccupés d’instituer toutes les variétés d’éducation spéciale que les temps modernes jugent essentiels. La Grèce, à cause de son indépendance plus ancienne, a été capable d’étendre et d’élargir son système et de l’approprier, en quelque sorte, aux intérêts économiques des populations. Par exemple, elle possède bon nombre d’écoles d’agriculture, réparties entre ses différentes provinces. La Serbie a