LA GlERItE ET LES NATIONALITÉS L’inscription des volontaires, à la fin du mois de mai, fournit l’occasion d'une dernière démonstration d'indépendance. Ici encore, comme à Tétovo, on inscrivit de force, puis l’on rassembla tous les inscrits, le 26 mai/8 juin, à Uskub. Mais presque tous les « volontaires » déclarèrent aux pouvoirs militaires qu’ils avaient été amenés par contrainte. Leurs parents vinrent avec eux et réclamèrent auprès des consuls. On distribua des amendes et des emprisonnements, mais le Gouvernement dut renoncer à l’emploi de la force, en sorte qu’il ne resta à la préfecture d’Uskub que i5 à 16 véritables « volontaires ». Les jours suivants, les volontaires de Tétovo, de Gostivar, de Kitchévo, de Dibra, d’Okhrida, arrivèrent à Uskub, ainsi que les Albanais de Datchanick, soit environ 5oo hommes en tout. Tous ces nouveaux venus, apprenant ce qui était arrivé, déclarèrent, eux aussi, qu’ils ne voulaient pas servir. On les renvoya tous, excepté quelques Bulgares qui furent accusés d'avoir poussé les volontaires à la résistance et qui furent fusillés. C’est à la suite de ces faits que survint la journée fatale du 17/3o juin. Après midi, les arrestations commencèrent et durèrent jusqu’au soir. Le 18, on emprisonna environ 200 maîtres d’école, fonctionnaires de la métropolie, prêtres, notables et autres citoyens suspects. On en choisit 99, qu’on incarcéra dans la prison de Mitrovitza, le plus loin possible du théâtre de la guerre, tandis qu’a Uskub, les arrestations se poursuivaient toujours. On fiten outre 3oo prisonniers, choisis, en partie, dans les villages. Plusieurs furent maltraités. Il y en eut aussi qui payèrent leurs gardiens, pour ne pas l’être. En même temps, on compta à Tétovo jusqu’à 200 personnes arrêtées ; à Koumanovo, ville pacifiée, environ i5o, et environ une centaine de ceux qui furent arrêtés à Palanka, et qui ne pouvaient pas marcher, furent tués par les soldats, sur le chemin de Koumanovo. Alors, l’on crut pouvoir enfin célébrer la victoire. Le 25 juin/8 juillet, après le départ de l’archevêque Néophyte, on invita quelques prêtres et notables à se proclamer Serbes, et, sur leur réponse évasive, on leur donna la « permission » de tenir une assemblée dans la cour de l'église de Saint-Démétrius. C'était un piège. 5o ou 60 personnes y vinrent, mais au lieu d’être libres de délibérer entre elles, elles furent haranguées par l’aumônier militaire du « commandement supérieur », qui leur proposa, en finissant, de signer une déclaration qu'il sortit de sa poche. Les larmes aux yeux et le cœur gros, les pauvres gens signèrent. Les autorités firent alors venir les crieurs publics, qui proclamèrent par les rues que la réconciliation était faite, que les exar-chistes avaient reconnu la nationalité et l’Eglise serbes. Le lendemain, on ouvrit l’église cathédrale de la Sainte-Vierge et les prêtres serbes et bulgares ensemble y remercièrent Dieu pour les avoir réunis en une seule nation et une seule Eglise. Les journaux de Belgrade publièrent des articles enthousiastes et l’agence officielle en informa la presse étrangère.